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L’art n’est-il pas, au départ et avant tout, un déclencheur d’émotion ?


photo : Rolline Laporte "La pudeur des icebergs"

«Si vous êtes déjà allé au musée et que vous êtes tombé sur un Riopelle, vous savez comment on réagit. On s'installe devant et on fait "wow". Pas besoin d'avoir une formation pour voir que c'est extraordinaire. Il faut s'exposer à la danse de la même façon. Ce sont des corps humains en mouvement.» - Daniel Léveillé, chorégraphe Tiré de l’article de Hugo Pilon-Larose. La Presse, 12 décembre 2016 Voilà exactement la réflexion qu’il faut se faire face à chaque forme d’art. Pourquoi se sentir ignare parce que l’on croit ne pas être capable d’absorber l’émotion d’une œuvre sous prétexte qu’on n’a pas eu la formation nécessaire pour bien la comprendre ? N’est-ce pas l’émotion qui compte le plus dans l'interprétation d'une oeuvre ? L’art n’est-il pas, au départ et avant tout, un déclencheur d’émotion ? Suit l’interrogation, la réflexion, peut-être même une certaine remise en question de certains éléments connus qui nous semblent tellement acquis. Pas besoin d’avoir fait des cours d’histoire de l’art pour être éblouis par une peinture, une sculpture. Pas besoin d’avoir fait les ballets Canadiens pour ressentir les mouvements de danseurs sur une scène. Pas besoin d’avoir fait le conservatoire pour qu’une œuvre musicale puisse nous pénétrer jusqu'aux plus profonds de nos entrailles. Nombre de fois que certaines personnes se sont refusées un niveau d'émotion primaire, par gène ou peur de ne pas réellement comprendre l'oeuvre présentée devant eux, cette honte de « ne pas savoir ce que ça veut dire » et d'être à côté de la plaque. « Qu'est-ce que c'est ? »

« C'est censé représenter quoi . » En art visuel abstrait, c'est encore plus notable. Mais, quelque part, on se fout de savoir ce que c'est. Y a-t-il transmission d'émotion ? Oui ? C'est le début d'une connexion. La connexion entre l'artiste et l'observateur. Ce que l'artiste a voulu dire. Quelques fois plus qu'on en pense, mais étonnamment, des fois bien moins qu'on puisse le dire. Le nombre de fois que, plantés en pâmoison devant une oeuvre, de soi-disant connaisseurs extrapolent abondamment, tel des exégètes de l'art, croyant détenir toutes les vérités conceptuelles, alors que bien souvent l'intention de l'artiste est plus simple que cela. Elle part en premier lieu de l'envie, du besoin de créer quelque chose. Une image, une émotion. Et même souvent, le simple fait de créer est déjà l'essence de la démarche. Alors, simplifions notre lecture d'une oeuvre à la transmission de l'émotion car, c'est par là que le premier message se fait. Puis, d'aller plus loin est enrichissant en effet, de se questionner sur les intentions est une bonne chose, mais cela ne devrait pas être une terra incognita, à tel point intimidante, qu'elle puisse nous geler sur place et nous empêcher d'avancer vers une certaine connaissance autodidacte.