• par Alec Stephani

Le fixe et le rebel


Je dois l'avouer, je ne suis pas un adepte des vélos à pignon fixe (Fixie). Enfin, je veux dire "pas un connaisseur" mais plutôt un admirateur de ces vélos, en tant que designer, car ce sont souvent de très beaux objets.

Ma curiosité l'emportant, et aussi une bonne part d'inconscience face à la nouveauté, ce qui m'a valu quelques aventures... intéressantes, il m'est arrivé de vouloir tester la chose fixe. La dernière fois que cela est arrivé?... Lors d'une soirée avec un ami qui, voyant mon vélo à l'allure rebelle, mon Opus Jura, m'a lancé une invitation à l'échangisme vélocipédique. Ah!? Bon! Nous nous sommes donc passés pour la soirée nos vélos respectifs. Ouch! Un pignon fixe! Lorsqu'on n'est pas habitué, la chose vous fait décoller de votre selle dès la première tentative d'arrêt, car le pédalier, lui, ne s'arrête pas. « Me voilà au Cirque du Soleil! » me suis-je dit, car point de roue libre salvatrice et bienveillante pour me soulager de l'entraînement inertiel. On est très proche du vélo de piste, autant celui de l'anneau de bois que celui du cercle sous chapiteau. Par réflexe de cycliste, ou par égo (!), j'essayais de dompter la bête, tant elle était fougueuse et homogène. Mais il faut se rappeler que ce n'est qu'une mécanique à l'objectivité impitoyable. Et c'est moi qui me suis retrouvé pitoyable à vouloir freiner selon mes standards et mes réflexes... Par chance, ce Fixie n'était pas des plus puristes et avait tout de même des freins. Oui, oui, les "vrais" Fixie n'ont non seulement pas de roue libre, mais pas de freins non plus. C'est visuellement très "clean", mais passablement casse-gueule! Ok! On oublie tout et on recommence!

La sensation de la transmission directe, sans compromis, est vraiment quelque chose à découvrir! D'ailleurs, il faut se rappeler que dans un passé pas si lointain, le vélo ne connaissait ni la roue libre ni, a fortiori, les vitesses! Même, lorsque ces éléments sont arrivés, les puristes de la petite reine ont crié à la tricherie par utilisation de technologie déloyale favorisant les athlètes. C'est fou quand même comme chaque étape du progrès dérange. Mais ceci est un autre débat. ​​La question existentielle que je pose est : Pourquoi rejeter ce qui a été inventé pour le bien du cycliste, soit la roue libre et les freins? Au nom de la différence? De la mode? Des tendances? Il est vrai qu'à ce titre on peut voir toutes sortes d'aberrations, que ce soit en habillements, évidemment ou ailleurs... Ok, un autre débat encore! Bref! Que le vélo soit en vitesse unique, passe encore! Et même, je dirais qu'en ville, avec un bon ratio pignon-plateau, le concept est vraiment bien adapté. Cela offre un vélo simple et très design, délesté physiquement et visuellement de câblages, de mécanismes et autres quincailleries. Pur, quoi! Quoi qu'il en soit, j'ai découvert des sensations nouvelles avec ce vélo. Mon âme de gamin a vite ressurgit et prit le dessus. Petites accélérations dynamiques, regards furtifs, "zigonnages" urbains et autres feintes créatives. La manœuvrabilité et la légèreté de ce vélo étaient rafraîchissantes.

​​Et que dire de mon ami sur mon vélo. Il avait le sourire accroché jusqu'aux oreilles. À tel point, qu'a la fin de la soirée, il m'a demandé s'il pouvait le garder... pour une semaine! « Prends mon Fixie, je garde le tien! ». « T'es fou!? ». Il faut dire que je suis très, très attaché à mon destrier. Rien à voir avec un Fixie. Cadre en aluminium super léger, 7 vitesses internes, frein avant à disque, arrière tambour, pneus larges à haute pression... Aah! Beaucoup plus tranquille! Pas un "Cruiser" non plus, même s'il en a un peu l'allure avec ses accents en cuir. Avec sa dégaine "cool" et rebelle à la fois, il a quand même une géométrie "Urbain performance" qui permet de bien pédaler, avec efficacité.

Je m'en suis donc retourné chez nous avec mon fidèle Jura, à travers les petites rues estivales et nocturnes de Montréal, à une toute autre cadence qu'avec le Fixie, beaucoup plus "Slow Bike", humant le temps qui passe, écoutant le vrombissement la ville et les furtives scènes émanent des fenêtres ouvertes d'appartements du Plateau. Je peux maintenant comprendre, partiellement, l'engouement pour les vélos à pignon fixe. Cela donne un vélo en totale harmonie avec un certain aspect de l'urbanité : Fougue créative, rythme trépidant, risques assumés, individualité affirmée.

P.S. Ne cherchez pas le Jura chez Opus, ils ne le font plus. C'était un des designs dont j'étais le plus fier!